Résoudre la crise du logement à Paris en interdisant la location meublée, une fausse « bonne » idée

Près de 20 000 appartements seraient actuellement loués meublés tout ou une partie de l’année à Paris, ce qui représente environ 1.5% du parc total de logements, selon une étude réalisée en 2011 par l’institut Opinion Way.

Si la location saisonnière était interdite, rien ne garantit que ces appartements seraient disponibles à la location classique ou mis en vente.

En effet, une grande partie des propriétaires de ces appartements (environ les deux tiers) occupe régulièrement ou de temps en temps leur appartement en tant que résidence principale ou secondaire. Si la location saisonnière était interdite, l’appartement resterait vide lorsqu’ils ne l’occuperaient pas et cela serait un manque à gagner pour les propriétaires qui utilisent la location saisonnière pour financer une partie de leurs charges.

On retrouve également fréquemment le cas du propriétaire qui part en mission en province ou à l’étranger pour quelques mois ou quelques années et qui ne va bien évidemment pas mettre son appartement en vente. La location saisonnière lui permet de conserver ses meubles et ses effets personnels, et de pouvoir revenir dans son appartement régulièrement lorsqu’il séjourne à Paris. Si la location saisonnière était interdite, cela lui compliquerait clairement la vie mais il semble très peu probable qu’il souhaiterait mettre son appartement en location classique, et encore moins le vendre !

Les propriétaires étrangers qui possèdent un pied-à-terre Parisien dans lequel ils viennent plusieurs fois par an seraient peut-être forcés de vendre. Mais la plupart du temps ce sont des amoureux de Paris qui préfèreraient garder leur appartement vide plutôt que de s’en séparer. Ils pourraient qui plus est être tentés de louer leur appartement dans leur pays de résidence principale, à des amis ou à des connaissances, via une agence basée à l’étranger, ou via des réseaux illégaux. Un marché noir pourrait tout à fait se développer, avec des locataires qui n’auraient aucune garantie et une fiscalité dissimulée. Et les appartements ne retourneraient pas au marché de la location vide ou à la vente non plus, bien entendu.

Reste un cas de figure fréquemment invoqué mais qui représente en réalité une infime partie des propriétaires d’appartements loués en saisonnier : les investisseurs, qui n’occupent jamais l’appartement et n’en ont pas l’intention. La plupart du temps, ce sont des particuliers désireux d’investir dans l’immobilier et qui, au vu des prix actuels dans Paris, ne pourraient pas acheter s’ils ne pouvaient rembourser leur emprunt en louant l’appartement vide ou en meublé classique. La plupart ne possède qu’un seul appartement et, qu’ils soient retraités et souhaitent arrondir leurs fins de mois ou qu’ils soient jeunes salariés désireux de se constituer un patrimoine immobilier en partant de zéro, la location saisonnière est souvent le seul moyen de le faire. Ceux-là, si la location saisonnière était interdite, seraient probablement souvent forcés de vendre leur appartement.

Les investisseurs professionnels qui possèdent plusieurs appartements voire un immeuble entier sont pour le moment une exception dans le secteur, et s’orientent souvent en priorité vers des immeubles commerciaux, que l’interdiction ne concernerait pas.

Alex Wagner - A La Carte Paris apartments